Éditorial | 09/04/2026

La Lettre de Gestion Privée | Avril 2026

La guerre et le spectre de la stagflation

Le déclenchement de l’intervention américaine en Iran le 28 février 2026 a rabattu les cartes du scénario économique mondial. L’inflation signe en effet son retour avec la hausse du prix du pétrole et des autres matières premières consécutives au blocage du détroit d’Ormuz. Dès lors, les marchés se sont mis à anticiper un durcissement des politiques monétaires, ainsi qu’un affaiblissement inéluctable de l’économie mondiale. 

Dans ce contexte, les taux longs se sont tendus, retrouvant les plus hauts de ces 20 dernières années, et les indices actions ont corrigé de manière raisonnée, en particulier en Europe et en Asie, plus dépendantes que les États-Unis des exportations pétrolières du Moyen-Orient. L’or a également perdu temporairement son statut de valeur refuge, affichant une baisse de plus de 10% depuis fin février qui résulte des ventes des pays émergents cherchant à financer leur surcroît de dépenses militaires à venir. 

Si les conséquences économiques de cette guerre sont d’ores et déjà considérables, leur coût final est directement lié à l’éventuel succès des négociations entre les belligérants avec l’instauration du cessez-le-feu. Une éventuelle entrée en récession sera conditionnée par la durée du blocage du détroit d’Ormuz, la reconstruction et remise en fonctionnement des sites de production d’énergie et la normalisation de l’approvisionnement et des prix. Contrairement à 2022, où la population mondiale en sortie de Covid avait accru sa consommation portée par un excédent d’épargne, en 2026 le retour de l’inflation n’est pas consécutif à une surchauffe de l’économie mondiale. Une hausse des taux ne viendra en aucun cas réouvrir le détroit d’Ormuz… Les banques centrales ne vont donc probablement pas se précipiter à agir afin de ne pas générer de nouveaux freins sur une économie déjà fragilisée par la guerre. Elles gardent, pour le moment, une attitude très attentiste et agiront en fonction de la suite donnée aux événements. 

Quelles actions pouvons-nous mettre en œuvre dans notre gestion ? Le risque ayant inéluctablement augmenté, nous avons, dès le démarrage du conflit, réduit nos expositions aux actifs risqués, actions mais également obligations pénalisées par la remontée rapide des taux. Dans la première phase, les marchés ont corrigé mais sans panique et n’ont anticipé que timidement le scénario d’une stagflation mais, en aucun cas, celui d’une récession. Le consensus gardait en effet en tête que ce conflit déclenché sans l’accord du Congrès américain ne pourrait se prolonger au-delà de 60 jours maximum. En outre, les élections de mi-mandat de la Chambre des représentants des États-Unis auront lieu en novembre prochain et, au regard de la baisse de popularité du président Trump depuis le démarrage de la guerre, il n’a pas intérêt à la poursuivre. Ainsi, nous avions privilégié l’option TACO « Trump Always Chickens Out », attitude de renonciation d’un objectif déjà observée lors des tarifs douaniers d’avril 2025, avec un scénario central d’arrêt rapide de l’intervention américaine. Ce dernier s’est matérialisé avec le cessez-le-feu de deux semaines soulageant les marchés et apaisant les craintes inflationnistes, sans pour autant garantir une résolution des conséquences économiques. 

La correction observée pendant plus d’un mois suivie du rebond à l’annonce des négociations offrent des niveaux de valorisation attractifs sur certains titres à forte visibilité, ce que nous mettons très progressivement à profit dans notre gestion. Si le scénario du pire est évité, les banques profiteront de niveaux de taux plus élevés. Par ailleurs, les investissements dans les énergies alternatives seront probablement renforcés. Enfin, les valeurs très domestiques et immunes à la hausse des prix de l’énergie, que l’on retrouve notamment dans les small caps, restent à regarder.  

 Rédigé le 8 avril 2026