La Lettre de Gestion Privée | Octobre 2026
Résilience mais divergences
Dans un climat très perturbant, marqué par une remontée fulgurante des taux et des tensions géopolitiques persistantes, les indices actions ont une nouvelle fois fait preuve d’une exceptionnelle résilience au cours de ce 3e trimestre.
Une fois n’est pas coutume, ce sont les révisions en hausse des estimations de résultats de l’année en cours des sociétés qui ont soutenu les marchés. Et ces attentes de croissance annuelle de résultats ont atteint des sommets : +31% en moyenne pour les sociétés qui composent le Nasdaq et +16% pour les sociétés européennes du Stoxx 600. Cela est d’autant plus remarquable que ces prévisions de croissance bénéficiaire en Europe se situaient autour de +9% en début d’année alors que le conflit au Moyen-Orient n’avait pas encore démarré.
L’ampleur Derrière cette progression globale se cache toutefois un marché fortement polarisé, avec des divergences sectorielles très marquées. Les secteurs liés au supercycle d’investissements dans l’intelligence artificielle, comme les semi-conducteurs ou les industriels acteurs de l’électrification, ont connu un élan particulièrement favorable. Cela s’explique par la révision de plus de 60% des investissements des « hyperscalers », passant de 1 150 Mds$ estimés en janvier à 1 900 Mds$ à fin septembre. De son côté, le secteur pétrolier a également contribué sensiblement à cette hausse, porté par l’explosion du prix du brut et des marges de raffinage, actuellement en situation de pénurie après les attaques de sites. Enfin, les résultats des valeurs bancaires sont soutenus par l’accélération de la remontée de taux. A l’inverse, les domaines liés à la consommation sont restés à la traîne. C’est le cas de l’automobile ou du luxe. Pour les ménages, l’inflation reste un vrai problème, et ils sont confrontés à une érosion de leur pouvoir d’achat et à un coût du crédit plus élevé.
Ainsi, portés par les bénéfices, les marchés ont démontré une meilleure capacité à absorber les tensions obligataires. Les entreprises ont globalement renforcé leurs bilans, allongé la maturité de leur dette et amélioré leur rentabilité. Dans ce contexte, les niveaux actuels de taux apparaissent davantage comme un facteur de normalisation financière que comme une menace immédiate pour la croissance.
L’action des banques centrales a également été appréciée. Avec deux relèvements de taux directeurs de la part de la BCE depuis juin, et un autre par la FED en septembre, ces institutions ont démontré que la lutte contre l’inflation demeurait leur priorité en dehors des considérations politiques. Les autorités monétaires cherchent à ramener durablement l’inflation vers leurs objectifs tout en évitant un ralentissement de l’activité. Les marchés semblent désormais convaincus que cette politique, bien que restrictive, reste compatible avec de la croissance.
L’enjeu de ces prochains mois restera de savoir si ces attentes, désormais élevées, pourront être pleinement satisfaites. Entre les besoins de l’IA, les plans de relance tant européens que chinois, et les investissements de souveraineté, nous sommes convaincus que ces fondamentaux demeureront solides. Il reste à s’assurer que les échéances politiques à venir, telles que les élections de mi-mandat aux États-Unis ou l’élection présidentielle française, ne viendront pas perturber cet équilibre toujours fragile.
Rédigé le 6 octobre 2026